Date / Lieu |
Intervenant |
Intitulé de scéance |
01. 20.12.07 - E.H.E.S.S. |
- Lucien Kroll, architecte |
L'architect(ur)e hors norme ! - |
02. 15.01.08 - Point Ephémère |
- Fp architectures, architectes |
Architectes ... au bord de la crise de nerfs ! - |
03. 19.02.08 - Point Ephémère |
- J-J Hubert (H20) + Antoine Santiard, architectes |
La norme, et alors ? - |
04. 12.03.08 - E.H.E.S.S. |
- Olivier Chadoin, sociologue, ENSAPLV |
Etre architecte, les vertus de l'indétermination - |
05. 18.03.08 - Point Ephémère |
- François Seigneur, architecte |
Architectonomes - |
06. 15.04.08 - Point Ephémère |
- AAA (Atelier d'Architecture Autogéré), architectes |
L'agir urbain - |
07. 20.05.08 - Point Ephémère |
- Projectiles, architectes - scénographes |
Convention, codes et rumeurs - |
08. 22.05.08 - E.H.E.S.S. |
- Florent Champy, sociologue, CNRS |
Archimobil - |
09. ........... - Point Ephémère |
- Didier Faustino (Bureau des Mésarchitectures), architecte |
REPORTE - |
10. ........... - E.H.E.S.S. |
- Valérie Colomb, historienne |
REPORTE - |
INTRODUCTION AU CYCLE DE CONFERENCES
BIAIS : moyen détourné, ingénieux, artificieux d’atteindre un but.
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NORME : ensemble de prescriptions techniques imposées pour garantir le bon fonctionnement et la sécurité d’un produit ou d’une méthode.
" Est-ce que la ligne me force à la suivre ? Non, mais quand je me suis résolu à m’en servir comme d’un modèle à suivre de cette façon, alors elle me contraint. Non, ce qui arrive alors est que je me contrains à l’utiliser de cette façon. Je m’accroche pour ainsi dire à elle."
Ludwig Wittgenstein, Recherches philosophiques, Editions Gallimard
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Le séminaire « Anthropologie, villes et architectures » (axe de recherche N2) propose de se pencher sur la question de la norme en architecture et de mesurer quelles sont les répercussions directes dans la manière de concevoir et d’exercer le métier d’architecte d’une part, et d’autre part, d’analyser les solutions architecturales et urbaines qui en découlent. Les pratiques et les usages induits feront l’objet d’analyses ultérieures. La question formulée autour de la norme et de sa figure alternative, le biais, fut le résultat d’une première interrogation plus générale sur l’évolution et la place actuelle du politique dans la pratique du projet en architecture. Cette question du politique interroge indifféremment les responsabilités, les pouvoirs en termes de contrainte et de liberté, les obligations de l’architecte ainsi que les conditions de production et d’évolution des cadres normatifs dans lesquels il évolue. Pour ce faire, il nous a semblé intéressant de fédérer notre recherche autour d’un axe central que nous avons intitulé : « Le biais et la norme en architecture ». Nous considérons que la mise en place des procédures de Normalisation en architecture entraine de stimulantes applications subversives et favorise le renouvellement de l’écriture architecturale comme action politique. Il s’agira donc de réfléchir sur les conditions d’application des normes dans l’architecture en privilégiant la présentation formelle de « situations » de résistance architecturale, citoyenne, juridique ou économique, etc. Avec l’aide de nos invités, nous tenterons de comprendre à travers des exemples variés, comment la question de la norme est traitée, voir dépassée. Plutôt que d’opposer les termes de « norme » et de « biais », nous tirons profit d’une approche empirique qui montre que la transposition de la norme se fait par le biais de règles précises et que ces dernières sont travaillées par des pratiques, celles des architectes étant dans notre recherche les premières visées. Nous y associerons également le terme de « dispositif » plus approprié pour décrire la mise en œuvre d’une méthode autour du projet architectural.
N’est-il pas vrai que malgré les conditions drastiques qui sont liées à la construction de logements sociaux, les architectes Jean Nouvel ou Jean-Philippe Vassal et Anne Lacaton arrivent à proposer pas loin de 20% en plus des surfaces imposées pour ce type de logement? Et l’architecte Patrick Bouchain de dire clairement : « Quand on veut faire on s'aperçoit qu'on ne peut pas faire, alors on déroge à la règle. On a ainsi défini des zones franches, là où rien ne va. Je veux faire une zone franche urbaine pour m'attaquer au logement social en reprenant le problème de l'âge et du handicap. Quand on produit des normes handicapées sans augmenter les surfaces, ça veut dire qu'on ne sait plus comment les gens vivent [1] ». Les dispositifs de chacun ne sont jamais identiques, les motivations et les enjeux non plus. Prenons deux paradigmes forts différents. Quand l’architecte hollandais Rem Koolhass construit la bibliothèque de Seattle, il retourne la question de la norme réglementaire pour satisfaire un dispositif formel (il étire les arrêtes de son volume jusqu’aux limites règlementaires). L’objet architectural se trouve être une fin en soi. Lorsque l’architecte belge Lucien Kroll se confronte à la question de la norme en architecture, nous pensons à son projet phare de la Maison Médicale, c’est pour satisfaire un dispositif « actionnel ». L’architecture n’est plus une fin en soi mais devient la condition de son propre dépassement. Pour une même préoccupation de départ (quelle posture adopter par rapport à la contrainte réglementaire ?) certes avec des contextes et des programmes d’intervention forts différents, quand le premier s’attaque à la réversibilité de la norme pour une nouvelle affirmation statutaire de l’architecte (l’expertise est unilatérale et l’architecture reste la chasse gardée de l’architecte), le second s’attaque à son irréversibilité pour une nouvelle affirmation statutaire de l’usager (l’expertise est bilatérale, l’architecte partage son autorité avec les usagers). La norme ne produit pas simplement des effets sur l’architecture mais aussi sur le statut social de l’architecte et de sa pratique. Doit-il se trouver là où on ne l’attend pas ? Tel fut le cas exemplaire d’un jeune architecte en réponse à un concours d’idée concernant la construction d’une balise de survie pour les SDF. Contre-proposition, le projet prenait la forme d’une tour d’assaut afin de forcer l’accès - et les esprits (!) - aux nombreux logements laissés vacants (pour de simples préoccupations de spéculation immobilière) dans l’espace parisien.
Ces exemples pourraient se décliner, se permuter et se juger à l’infini. Tout dépend de la position dans laquelle se trouve l’œil de l’observateur. La norme peut être négociée, encore faut-il se persuader de cette nécessité, et, plus difficile, s’en donner les moyens. Pour gagner en clarté sur un sujet dense, nous avons décidé d’incarner notre recherche autour de quatre responsabilités différentes : le politique, le juriste, l’architecte et l’usager. La position du séminaire repose d’emblée sur une démarche interdisciplinaire traitant tour à tour de la socio-ethnographie, de l’histoire, du droit, de l’architecture et de la philosophie. Chacune d’elle pourra à tout moment être convoquée pour éclairer notre propos. Nous débuterons un cycle de dix séances avec une approche centrée sur le renouvellement de la pratique architecturale et qui porte le titre suivant : « Ruses et tactiques en architecture : l’espace des possibles ».
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CYCLE 1 : TACTIQUE ET RUSE EN ARCHITECTURE
TACTIQUE [taktik] n. f. et adj. – v. 1657 ; gr taktikhé (tekhné) « art de ranger, de disposer » à tâche *
I N. f. 1. Art de combiner tous les moyens militaires (troupes, armements) au combat ; exécution locale, adaptée aux circonstances, des plans de la stratégie. Tactique d’infanterie. Tactique aérienne, navale – PAR ANAL. La tactique d’une équipe de football, d’un boxeur. 2. (1788) FIG. Ensemble des moyens coordonnés que l’on emploie pour parvenir à un résultat. à 3. plan, stratégie. « Tactique parlementaire » (Mirabeau). « L’ordinaire tactique de son père était de la ramener ainsi à la maison » (Zola). Changer de tactique. Essayer une nouvelle tactique. Ce n’est pas la bonne tactique.
II Adj. (1860) Relatif à la tactique. Aviation tactique. Arme nucléaire tactique. à préstratégique. – (Au sens large) à stratégique. Un plan tactique d’ensemble.
RUSE [RyZ] n. f. – v. 1180 reusse, de ruser « reculer, se retirer », du lat. recusare « repousser, refuser » ; cf. récuser à chose *
1. VEN. Détour par lequel un animal cherche à échapper à ses poursuivants. 2. (V. 1280) cour. Une des ruses. Moyen, procédé habile qu’on emploie pour abuser, pour tromper. à artifice, astuce, feinte, fourberie, fraude, machination, 1. manœuvre, stratagème, subterfuge, 1. truc. Ruses employées pour surprendre, vaincre un ennemi. à embûche, piège. Ruse grossière. à ficelle. LOC. Ruses de guerre : moyens par lesquels on surprend l’ennemi, et FIG. un adversaire. Des ruses des Sioux, très habiles. 3. La ruse. Art de dissimuler, de tromper ; emploi habituel des ruses. à 2. adresse, cautèle, finesse, habileté, perfidie, roublardise, rouerie. Il fallut recourir à la ruse. Employer la ruse en politique. Obtenir, extorquer qqch. Par (la) ruse. « L’adresse, la ruse, l’habitude de tromper la justice » (Hugo). « Les affaires se traitent à demi-voix, avec la ruse du campagnard et les cachotteries du trafiquant arabe » (Fromentin). CONTR. Candeur, droiture.
L’architecture doit-elle être un art militaire pour être un acte citoyen ? La question vaut la peine d’être posée dans la mesure où l’arsenal législatif pour faire de l’architecture et plus généralement pour faire la ville est de plus en plus contraignant. Déjà en 1994, Jean-Claude Hélin, alors directeur du centre de recherche sur l’urbanisme et l’aménagement régional à Nantes, soulignait dans le courrier du CNRS consacré à la ville le poids, au sens propre, de la réglementation par cette constatation : « Le volume du Journal Officiel est passé de 7000 pages en 1976 à 17000 pages en 1990. La ville n’a évidemment pas échappé à cette sollicitude normative ». L’architecture porte aussi lourdement son fardeau, il suffit d’interroger ceux qui la pratiquent au jour le jour pour s’entendre dire que les normes (juridiques, administratives, urbaines) sont omniprésentes à toutes les étapes du projet. Jean-Claude Hélin soulevait la question du problème qu’allait poser ce « nouvel empire des normes » aux juristes. Cette considération peut aisément se déplacer dans la sphère de l’architecte. Ce nouveau paysage réglementaire transforme - en apparence - de façon unilatérale la pratique du projet en architecture et l’architecture dans le sens qu’il semble difficile qu’elle soit elle-même à l’initiative de ses propres contraintes réglementaires. Il est difficile pour les architectes de sortir de ce nouvel « ordre » normatif. Ceux qui tentent l’aventure font l’effort d’un double investissement parfois périlleux : d’abord celui de remettre en cause la réglementation, le bien fondé de la norme, de renverser les postulats de départ allant même jusqu’à contester la nécessité de construire (qui finalement est le plus apte et le plus convaincant à décider du bien fondé de construire ou de ne pas construire si ce n’est l’architecte lui-même ?), puis, celui de maintenir ce dispositif en terme de logique de pouvoir politique. Nous demanderons à nos invités de réfléchir avec nous sur la notion de « dispositif » architectural qui ne conçoit pas simplement la norme comme une limite hermétique du projet, mais la considère aussi indissociable de transformations, de franchissements. Parce qu’il peut sembler difficile à l’architecte de faire se joindre ce postulat à la pratique du projet, nous abordons cette reflexion au travers des notions de « tactique » et de « ruse », condition d’accès à l’espace des possibles.










