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http://www.fp-architecture.com (Site officiel de l’agence de Fp architecture, vous pouvez télécharger leur "journal" dans la section "profil")
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Merci à Luis-Miguel pour son intervention et merci à tous pour votre présence. Nous mettons à disposition un compte rendu de cette séance dès que possible ... à très bientôt !
Résumé d’étape :
Pourquoi une recherche sur le biais et la norme ?
La norme : une règle à suivre
La norme comme loi
Nul n’est censé ignorer la loi !
L’oubli par omission : le degré zéro du biais
La norme : un état conforme. L’exemple du rouge tricolore.
Norme et pratique de la norme
La norme technique : Normaliser le Standard
La Commission Permanente de Standardisation, le CSN, et l’AFNOR …
Phénoménologie et dictature de l’ajustement ?
Le biais et la norme : la figure du Janus
Pourquoi une recherche sur le biais et la norme ?
L’idée de lancer une recherche sur le « biais et la norme » en architecture provient d’un bruissement de la société, différemment relayé selon l’endroit où l’on se trouve, mais dont chacun peut dire qu’il a fait l’expérience minimum qui soulève le poile de l’épiderme : « nous sommes dans une société de plus en plus normative ». Mais qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire exactement ? Est-ce que c’est bien ? Est-ce que c’est mal ? Est-ce que c’est sans intérêt ? Est-ce que c’est indifféremment perçu par chacun d’entres nous ? Quels sont les effets visibles ? Nos actions quotidiennes s’en trouvent’-elles contraintes ? Etc.
C’est évidemment là que les choses se compliquent. Les hypothèses s’enfilent comme des poupées russes jusqu'à ce que l’on ne sache pas très bien à partir de quand l’emboîtement n’est plus possible. Il faut distinguer dans notre étude trois catégories qui nous intéressent lorsqu’on parle de norme : la norme technique, la norme juridique et la norme sociale.
L’idée de la norme est souvent associée à la norme juridique. La norme, juridique ou technique, est objectivement reconnaissable, identifiable et quantifiable par le fait qu’elle est explicite (écrite). Il y a donc des normes qui sont implicites et qui ne nécessitent pas de codification juridique pour exister. Beaucoup de normes sociales issues des « manières de faire » ou de conventions sont hors du domaine juridique, mais cela ne veut pas dire pour autant qu’elles se cantonnent toujours dans le domaine de l’implicite.
La norme : une règle à suivre
S’ajoute alors l’idée de règle. Norme vient du latin Norma et veut dire : « équerre, règle ». La définition littéraire que l’on trouve dans le Petit Robert de la langue française 2002, nous donne d’autres indices : « Type concret ou formule abstraite de ce qui doit être ». Cela élimine l’effet de surprise sans aucun doute, mais cela nous laisse un peu sur notre fin ! En effet, qu'est-ce qui « doit être » ? Cette définition donne à la norme une perspective positiviste sur un « ordre » des choses et déterministe sur l’action.
Une norme sociale que l’on appellerait également « convention » est une prescription et pas une obligation. Cela ne veut pas dire pour autant qu’elle ne donne pas des obligations en termes de contrainte ou de liberté, mais si elle ne relève pas du juridique alors l’enfreindre ne coûte rien.
Si l’on ne souscrit pas à la norme (c’est toujours possible !), les conséquences sont plus ou moins fâcheuses selon si ladite norme est attelée à un dispositif juridique et donc une loi. Heureusement, toutes les normes ne sont pas des lois. Inversement, toutes les lois ne devraient pas être systématiquement assimilées à des normes (or c’est souvent le cas).
Les normes ne naissent pas de rien. Elles sont le produit d’une société, d’un groupe et de sa capacité à les instituer. L’existence d’une norme implique une certaine forme de coopération et d’acceptation de la part du plus grand nombre. La norme pour un seul individu serait difficile à envisager.
La norme comme loi
Les normes regroupent des modes d’action et des résultats attendus à ces actions. Il n’est pas nécessaire que ces modes d’action ni les résultats ne soient explicités pour que la norme existe. Le « vivre ensemble » contractualise des attendus que l’on appelle bien souvent, à tort ou à raison, des normes. Bourdieu ou Roland Barthes ont bien montré chacun de leur côté ce qu’on pouvait appeler la norme « petit-bourgeois » qui est un ensemble de valeur et de convenance partagées. Cette explication de la norme « petit bourgeois » a largement porté crédit à l’émergence d’un urbanisme pavillonnaire en France. Un ensemble de codes sont intériorisés.
Nul n’est censé ignorer la loi !
En ce qui concerne la norme juridique, il y a un adage qui dit : « nul n’est censé ignorer la loi ». Cette hypothèse est tenable jusqu'à un certain point. Si la loi possède dix articles, on peut raisonnablement tenir cet engagement. Si elle en possède 100 avec autant de sous-parties et autant de déclinaisons de clauses spécifiques (c’est le cas dans le code de l’urbanisme), l’engagement n’est plus tenable à part pour les professionnels de ces dites lois ! Les béotiens, une grande partie d’entres nous, pourront toujours prétexter que c’est trop complexe et ils n’auront pas tort, et dire que si la norme juridique n’est pas suivie, c’est essentiellement parce qu’il est impossible de la connaître sur le bout des doigts.
L’oubli par omission : le degré zéro du biais !
C’est là qu’intervient le biais, ou plus exactement le degré zéro du biais. La première expérience du biais est involontaire nous rappelait dans notre séance du 15 janvier l’architecte Luis Miguel Pinto Gonçalves de l’agence FP car il est difficile de connaître sur le bout des doigts les subtilités complexes des règlements dans la construction. Le premier biais serait en quelque sorte un simple oubli par omission ce qui nous fait dire que l’oubli par omission est le degré zéro du biais !
La norme : un état conforme. L’exemple du rouge tricolore !
Les effets les plus visibles d’une norme sont la conformité à une règle générale. Pour exister, la norme doit aboutir à une règle.
Prenons l’exemple des feux tricolore. Le rouge est associé à une interdiction de passer. L’association de la couleur « rouge » à l’action d’ « interdire » est une norme. Dans tous les cas, pour les feux tricolores, la notion d’interdiction sera associée à la couleur rouge. C’est une convention qui a une conséquence normative, car elle est relayée par un code (le code de la route), lui-même relayé par une loi. Dans cet exemple, la norme permet d’installer une règle reconnaissable par tous et acceptée par tous, car tout le monde en comprend les enjeux (plus ou moins !). Cette norme n’entrave pas démesurément notre liberté d’action, mais demande d’ajuster notre liberté individuelle avec celle des autres.
Norme et pratique de la norme
Une norme peut-elle exister sans les conditions de son effectuation ? Y a-t-il des normes qui ne se rapportent à aucune pratique (ou à plus aucune pratique) ? Avec la disparition d’une pratique, est-ce que la norme qui y fait référence disparaît ? Dans la mesure où la norme est une pratique par le plus grand nombre on peut imaginer que seule la pratique est la condition minimum de l’existence d’une norme en tout cas pour le social. Si cette norme ne se réalise pas en pratique alors on peut imaginer qu’elle n’a plus court. Si certaines actions ne s’imposent plus à nous comme une évidence et une obligation sociale alors, elles ne sont plus normatives. Si l’effet mécanique de nos choix disparaît au profit du libre arbitre alors pouvons-nous encore parler d’une action normative ?
La norme est idéologique et est soumise à la condition du temps, donc aux fluctuations, donc aux changements.
Pus la norme se détache de l’intérêt commun au profit de l’intérêt particulier plus elle nous semble intrusive, liberticide et donc difficilement acceptable. La norme a une perspective holiste, le normatif en revanche à une perspective individualiste. Le glissement de la norme au normatif entraîne une restriction des libertés individuelles. C’est ce glissement actuel de nos sociétés qui pose question, c'est-à-dire : l’hyper spécificité des règles qui supprime toutes possibilités du libre ajustement (les formes d’expression libres).
La norme technique : Normaliser le standard
« Ensemble de règle d’usage, de prescriptions techniques, relatives aux caractéristiques d’un produit ou d’une méthode, édictées dans le but de standardiser et de garantir les modes de fonctionnement, la sécurité et la nuisance ».
Source : Dictionnaire Le Petit Robert, 2002
Normaliser les procédures ou les objets veut dire qu’on souhaite les rendre plus rapides et plus facilement opérationnels entres eux. Cette normalisation prévoit les modes d’ajustement, les compatibilités, les emboîtements. La finalité d’une norme pour un produit ou pour une méthode est de garantir le parfait achèvement d’un processus avec un résultat attendu. La normalisation entraîne la garantie d’une non-désaffectation d’un processus de ce pour quoi il avait été objectivé.
La Commission Permanente de Standardisation, le CSN, et l’AFNOR …
Quelques rappels historiques sont importants. En France c’est la notion de « standard » qui apparaît avant celle de norme en ce qui concerne les techniques de construction. La jeune revue Française « Technique et Architecture » consacra un numéro spécial en février 1943 sur la Normalisation. Un article du directeur de l’AFNOR (l’Agence Française de Normalisation), Etienne Lhoste, intitulé « Pratique de la Normalisation » donne quelques repères historiques sur les principes et les objectifs visés durant cette période.
C’est en 1918 sous l’impulsion du ministre du Commerce Étienne Clémentel qu’est apparue une Commission Permanente de Standardisation devenue en 1930, Comité supérieur de Normalisation. Cette commission sans grand pouvoir avait comme fonction de : « (…) mettre un peu d’ordre dans la production Française » (cahier des charges concernant les matériaux, fascicule pour fixer la normalisation dimensionnelle des éléments employés dans la construction courante, etc.). En 1926, la CPS est abandonnée pour l’AFNOR. Ce n’est qu’à partir de 1941, sous la nécessité de la reconstruction, que l’AFNOR va imposer ses méthodes pour la construction. Pour cela, elle va « (…) fonder son travail sur un ensemble d’idées directrices, afin d’arriver à des résultats logiques et coordonnés. C’est ainsi qu’elle entreprit tout d’abord l’établissement d’un certain nombre de normes générales, concernant les hauteurs d’étages, les escaliers, les épaisseurs des planchers en béton armé, etc. ainsi que d’autres concernant les dessins, la représentation symbolique de certains éléments, etc. ». Au même moment, La Commission Générale de l’Equipement Ménager faisait une étude précise sur l’aménagement et l’équipement des habitations d’un triple point de vue : urbain, rural et collectif.
Lhoste justifiait ainsi la mise en place de la Normalisation : « (…) il est indispensable que le Bâtiment « s’industrialise ». Pour cela, il faut que de nombreux éléments soient préparés d’avance. Il va donc être nécessaire que les différents corps d’État qui concourent à une construction puissent travailler séparément chacun dans son usine et qu’ensuite leurs différents produits, apportés aux chantiers, puissent s’emboîter sans retouche ».
Phénoménologie et dictature de l’ajustement ?
La Normalisation rejoint ce que Roland Barthes appellera plus tard une « phénoménologie de l’ajustement ». Née d’une idéologie pragmatique et technique, la norme ne va pas se contenter de structurer individuellement les éléments de construction, mais va également proposer des associations types, des modules, des éléments préemboîtés qui vont fortement structurer un espace. Sans pouvoir le dater précisément, c’est à partir de ce changement d’échelle que l’idéologie phénoménologique se substitue à l’idéologie technique.
Le biais et la norme : la figure du Janus
Il ne s’agit pas de soumettre notre recherche à un jugement moral. Le biais n’est pas là pour dénoncer la norme. On ne les oppose pas. L’un résulte de l’autre et c’est donc à partir d’une perspective dialectique que nous les analyserons. Le biais est au départ de notre recherche une simple condition d’émancipation de la norme. Il serait trop simpliste de postuler que le biais est plus libre que la norme. C’est la régulation de ces deux dispositifs que nous allons tenter de définir comme la recherche d’un point d’équilibre enviable. Dit d’une autre manière, le philosophe Canguilhem rappelle dans l’appendice de son ouvrage, Le normal et le pathologique, que : « la possibilité de référence et de règlement qu’elle offre contient, du fait qu’il ne s’agit que d’une possibilité, la latitude d’une autre possibilité qui ne peut être qu’inverse ».
Miguel, le vendredi 18 janvier 2008
Préambule de séance :
L’axe 2 du séminaire « anthropologie, villes et architectures » quitte les murs de notre vénérable institution, l’EHESS pour installer ses ateliers publics au Point Ephémère (6 séances). Une préfiguration du départ à Aubervilliers ? Non, un simple hasard. Pour notre collectif de recherche, l’enjeu était déjà acté. Le débat sur la ville, sans démagogie aucune, mérite la convocation du plus grand nombre et la nécessaire présence d’un public plus aguerri aux comités de quartier qu’aux seuls amphithéâtres. Pour cette raison, nous faire abriter non loin de la place Stalingrad dans le XIXe arrondissement était une aubaine à saisir. Nouveau lieu, nouveau titre, nous prenons l’intitulé suivant : « l’architecture se débat ! », les ateliers publics d’architecture et poursuivons notre cycle de recherche intitulé : « le biais et la norme en architecture ».
La désarticulation notoire de l’enseignement de la discipline architecturale, le désengagement des pouvoirs publics dans la construction des villes au profit d’acteurs privés, l’émergence du Janus Citoyen relaté par Pierre Rosanvallon dans son dernier ouvrage, « la contre démocratie », la montée de la régulation juridique que dénonçait déjà Jean-Claude Hélin en 1994 (le courrier du CNRS), l’apparition d’un troisième acteur dans le processus de construction standard appelé « maitrise d’usage » en clin d’œil critique à l’habituel tandem décisionnaire de la « maitrise d’ouvrage » et de la « maitrise d’œuvre », modifient profondément les dispositifs et le champ d’action des acteurs traditionnels en charge de construire la ville. L’architecte est le premier visé. En invitant la jeune agence d’architecture Bruxelloise, FP-architecture, nous tenterons de comprendre en termes de logique d’action et de dispositif institutionnel et juridique, les ressources et les moyens disponibles pour se soustraire au modèle unique imposé par l’économie de marché.
Ce sont les expressions de « ruses » et de « tactiques » que nous empruntons à l’ouvrage de Michel de Certeau, L’invention du quotidien, arts de faire, qui servira de postulat de départ pour l’ensemble de nos invité (e)s. FP fera le choix de traiter de la question du biais et de la norme en architecture en présentant deux projets. L’un concerne une critique cinglante des conditions d’exercice de la profession et l’autre nous invite à penser à cette question à partir d’une pratique de concours, Europan, et d’une critique radicale de la programmation. Nous verrons comment la jeune agence d’architecture décide de réinterroger le « sens commun » en architecture comme un levier critique de la norme règlementaire mais également comme les conditions nécessaires pour accéder à une lisibilité institutionnelle. L’élaboration d’outils critique en plus de s’ancrer dans une démarche politique évidente, permet également la redéfinition de marqueurs professionnels, la recherche d’une nouvelle expertise, et par là, d’une nouvelle légitimité.
Affaire à suivre à 19H ce soir …
Bibliographie indicative de séance :
-Qui à peur de l’architecture, collectif, Edition La Lettre Volée /I.S.A. La Cambre
-L’invention du quotidien, arts de faire, Michel de Certeau, Edition Folio, essais
-La contre-démocratie, la politique à l’âge de la défiance, Pierre Rosanvallon, Edition du Seuil
-La nouvelle critique sociale, collectif, Edition du Seuil, collection La république des idées
-Les normes, Pierre Livet, Armand Colin
ARCHITECTES ... AU BORD DE LA CRISE DE NERFS !
Intervenant : Fp architecture, architectes
2ème séance
15 Janvier 2008
au Point Ephémère
200 quai de Valmy
75010 PARIS

